2. « La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue quand on les poursuit. » Oscar Wilde (écrivain et auteur dramatique anglais ; 1854-1900)La jeune femme blonde qu'il avait pris en consultation était partie dans un speech d'une demi-heure sur la prétendue maladie de son fils, et House devait faire des efforts pour continuer à suivre. Il avait essayé plusieurs fois de l'interrompre, mais à chaque fois la voix de la jeune femme partait dans des aiguës hystériques et il était bien obligé de la laisser continuer. Le petit garçon fixait ses genoux comme s'ils possédaient la réponse au grand mystère de l'existence.
Alors qu'elle reprenait son souffle un grand coup pour repartir dans une nouvelle demi-heure de plainte, House y vit une occasion d'en placer une et lança le plus rapidement possible :
- Est-ce que vous pourriez sortir un instant s'il vous plaît mademoiselle ?
Il reprit son souffle. La jeune femme cilla. Il eut un rictus. Ils se défièrent du regard un instant, puis elle détourna les yeux, haussa les épaules et sortit sans rien dire.
Le petit garçon observait maintenant le mur à sa gauche avec intérêt.
- Alors, fit House en s'approchant de lui. Pourquoi est-ce que ta mère fait une crise d'hystérie ? Je suis sûr qu'elle est comme ça vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais là ça m'a l'air un peu plus grave que d'habitude...
Le garçon fronça les sourcils. Il tourna enfin la tête vers le médecin ; ses petits yeux verts étaient plein de larmes.
- Je veux pas être abocat, c'est nul. Je veux être cosmonaute !
- Un choix très louable, approuva House avec une moue, bien que je ne sois pas très sûr d'en quoi peut consister le métier d' «
abocat ».
Il sortit son stéthoscope, profitant du calme de la salle d'examen pour enfin faire son travail. Le garçon se mit à chouiner.
- Ma maman elle veut pas, elle dit que cosmonaute c'est pas possible et que j'y arriverai jamais et que je vais être déçu et que au moins abocat c'est un métier sûr et qu'on gagne beaucoup...
Il s'arrêta, perturbé.
- Beaucoup de quoi ?
- De baffes, si tu veux mon avis. (House prit un bâtonnet et lui fit ouvrir la bouche.) Tu as une angine, rien de grave. (Il s'avança vers la porte et l'ouvrit.) Eh ! la pipelette, là-bas ! Arrêtez d'emmerder les infirmières et venez plutôt voir votre fils !
La jeune femme voulut protester mais House avait déjà refermé la porte. Elle avança à grands pas furieux, la rouvrit et se précipita à l'intérieur. Elle prenait une grande bouffée d'air pour repartir dans ses diatribes, mais il ne lui en laissa pas le temps :
- Votre fils a une angine. Par contre, s'il refuse de vous parler, chiale sans arrêt et s'enferme dans sa chambre, ça n'a rien à voir avec sa maladie : c'est parce que vous êtes une emmerdeuse de première.
Il la regarde quelques secondes pour apprécier la façon qu'avait son visage de devenir rouge, puis se retourna vers le petit garçon :
- Tu vas devenir un cosmonaute hors-pair, j'en suis certain. Envoie-moi une carte postale de Saturne, surtout.
Il posa la main sur la porte. La jeune mère semblait avoir perdu la parole tant elle était en colère.
- Oh, et évite d'emmener ta mère avec toi. (Il baissa la voix.) Elle ferait peur aux martiens.
Il quitta la salle d'examen, suivi par le rire enjoué – quoiqu'un peu rauque – du futur cosmonaute.